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18 octobre 2008

idée de lecture: roman "les magiciens de l'âme" d'Isabelle HAUSSER 1996

"A l'automne 1991, le docteur Apraxine, un Alemand d'origine russe, s'installe à Moscou afin d'aider la toute jeune Association de psychanalyse, créée en Russie après 70 ans d'interdiction."
Roman passionnant sur ce Moscou de l'après communisme, le chaos, les grands mouvements de société, la psychanalyse aux bouleversements de l'Histoire et puis, l'enfance, le passé, les secrets.
Date de 1996 mais tellement moderne et proche de notre vision globale du monde...
Petit extrait:
- " Je me doute de ce que vous pensez. J'ai fini par savoir comment les Occidentaux jugent mon pays. Je peux vous réciter la liste des critiques qu'ils formulent et celle des reproches qu'ils n'osent pas exprimer ouvertement. Je ne pense pas que vous fassiez exception, même avec des gênes russes. Ce ne sont pas eux qui font la différence, c'est la culture. Et votre culture n'est pas la nôtre."
- "Non, j'aimerais que nous parlions de la coïncidence entre la situation de l'Allemagne et celle de la Russie. Nos pays sont tous deux à un tournant de leur histoire, à une époque de révisions déchirantes. Votre Allemagne a disparu et mon Union Soviétique aussi. Nos univers ont basculé mais de manières diamétralement opposée. Nous sommes dans le cours d'un processus de morcellement, alors que vous vous réunifiez. Nous avons dû renoncer à une partie de nous-mêmes alors que vous venez de retrouver votre autre moitié."
-" Vous voulez dire que vous vous sentez affaiblis alors que nous nous sommes renforcés?"
- "Non, il s'agit d'un mouvement de balancier inévitable. Vous n'êtes devenus plus puissants que parce que nous nous sommes affaiblis. Vous n'y êtes pour rien. C'est la Russie le levier de l'Histoire. Mais j'aimerais savoir dans quelle mesure ces changements affecteront nos peuples."
- "Les individus?"
- "Non, les peuples. Le caractère national en sera-t-il modifié? Ne va-t-on pas assister à un retour au galop du tempérament naturel de nos peuples?"
- "Vous avez tort, Wolf Dimitrievitch. Moi je crois à la force des peuples. Je crois que les peuples ont une âme, qui est autre chose que l'addition de celles des individus qui les composent. Je crois que l'âme des peuples est capable d'aussi grandes souffrances que celles des individus. Mais qui sont ses thérapeutes?"
- "Les hommes politiques"
........Ah! Ah! vous voudriez en savoir plus! C'est vrai que la suite sur les hommes politiques-thérapeutes est fort surprenante! je peux vous passer le livre... trouvé "à la petite ourse". Qu'on se le dise!
Isa
PS: maintenant que je sais me servir du blog, "méfi"!...


19 septembre 2008

« Les objets flottants, Méthodes d’entretiens systémiques » par Philippe Caillé et Yveline Rey, Editions Fabert, 2004, ISBN 2-907-164 63 5, 210 page

L’ouvrage est publié dans la collection « Psychothérapies créatives » qui oeuvre dans le champ de l’interaction entre les patients, les familles et les thérapeutes.
Les auteurs, eux-mêmes thérapeutes systémiques familiaux, ont ressenti la nécessité de rendre compte de l’enrichissement que la pratique de ces objets flottants (« rituels thérapeutiques ») leur a apportée depuis la 1ère édition de 1994.

« Les objets flottants » s’ouvre sur un métalogue entre les 2 co-auteurs (qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de Bio et Métapho dans l’Encyclopédie Térence ) expliquant leur prédilection pour le langage analogique (non verbal), en tant qu’outil permettant aux couples et aux familles venus les consulter de sortir de l’impasse des mots.
Le recours à l’objet flottant crée un espace de liberté et de rencontre entre thérapeutes et familles tout en fixant le cadre de cette rencontre, ces conditions réalisant l’émergence possible d’un « passage » - comprendre par là la transformation de l’écologie d’une famille.
Dans cette « ouverture » ( les auteurs emploient souvent des termes musicaux pour parler de leur pratique), distance est prise aussi avec « l’objet transitionnel » de D.W. Winnicot, s’intéressant plutôt au développement individuel (via la cicatrisation de la séparation de l’enfant avec sa mère) alors que les auteurs place leur analyse dans le « champ de l’épistémologie systémique », c’est-à-dire quelle place joue l’individu dans le système et quelle place lui fait jouer le système.

Une première courte partie traite ensuite de la complexité aujourd’hui ressentie de la thérapie familiale.
L’idée principale qui en découle est le refus de concevoir la thérapie comme la réparation mécaniste d’une panne, sous peine, insistent les auteurs, d’aboutir à la panne du thérapeute.
Celui-ci doit donc maintenir à l’oeuvre une dialogique ( dans l’acception d’Edgar Morin, dont les auteurs se réclament à plusieurs reprises ) appartenance/individuation pour les membres de la famille, écartelés entre la fidélité au système familial et la rupture d’avec lui pour exister.
En tant que système vivant, la famille nécessite un degré de désordre égal à son besoin de cohérence, et ce n’est pas la moindre tâche du thérapeute, que de créer un espace de juxtaposition entre ces deux contraires encore.
Ces constatations amènent le thérapeute à travailler avec/sur le savoir familial, qui peut être vu comme le paradigme ( « l’Absolu familial » ) faisant fonctionner le système famille.
Cette croyance, ces valeurs de base qui ont construit la famille, vacillent à un moment de son histoire, entraînant souffrance, peur et inhibition relationnelle. Malgré ces conséquences graves, la famille n’arrive pas à changer de paradigme, à faire place à un nouvel « Absolu » moins rigide et plus adapté.
La grande difficulté thérapeutique consiste donc à faire changer la famille de paradigme fondateur, ce qui, comme chacun sait depuis Bateson , ne se décrète pas !
Les auteurs ont donc opté pour un savoir « constructiviste », parce que facilitateur de métasavoir. Aussi bien pour le thérapeute – celui-ci sortant de ses solutions a priori- que pour la famille –celle-ci apprenant à être autrement en apprenant sur elle.
Sur ce fond conceptuel, l’objet flottant est alors initiateur de cet espace intermédiaire, ni tout à fait celui du thérapeute, ni tout à fait celui de la famille, créateur d’un vide que les interlocuteurs vont remplir de leur (s) rencontre(s)

La deuxième, et principale, partie du livre présente sept « objets flottants », illustrés par des cas de thérapie ainsi que des conseils pour les utiliser.

La sculpturation du modèle familial se fait en deux temps.
Le thérapeute demande aux membres de la famille de « sculpter » ladite famille dans ses échanges habituels. La statue de chaque membre « représente » tous les membres de la famille tels qu’il les voit en interaction.
Une deuxième séance est consacrée à sculpter en quoi la famille est différente des autres, la « représentation » se fait sous une forme non humaine.
Le thérapeute accède là à deux prises d’information par le non verbal : au niveau rituel et au niveau mythique, afin de faire avancer les patients vers la prise de conscience du paradigme dominant, l’Absolu savoir qui fonde l’existence de ce système famille-là. Une variante du principe existe, due à Luigi Onnis : on demande les sculpturations du passé et de l’avenir, méthode qui semble moins menaçante à certaines familles, notamment celles psychosomatiques.

La chaise vide du « Plus-un » vise aussi à faire émerger et admettre le modèle familial. Cet Absolu est le « Plus-un », le membre supplémentaire représenté par une chaise vide au cours des séances, et avec lequel les membres doivent dialoguer. Cette « tierce personne » symbolique permet aussi une triangulation des rapports conflictuels entre deux membres de la famille, les sortant ainsi du blocage.

Le conte systémique permet d’affiner encore les prises de conscience qu’a réalisées la famille au cours de sa thérapie. Reprenant les principes du conte classique, l’écriture transporte dans un autre temps et un autre lieu la famille, lui permettant une distance avec son histoire en la présentant comme une légende. Le conte est écrit par le thérapeute avec les données qu’il a collectées lors des entretiens par les autres « objets flottants » mais il reste inachevé, à charge de chaque membre de la famille d’en fournir une fin. L’Absolu familial peut ensuite être davantage parlé entre le thérapeute et la famille. Autre utilisation du conte systémique : celui-ci peut servir de transition ultime entre thérapeute et famille avant de se quitter : en quelque sorte, il médiatise la fin de cet espace-temps intermédiaire qu’était la thérapie.

La fabrication des masques augmente l’intensité dramatique dans la relation thérapeutique, apportant des informations de type émotionnel et mythique. On demande aux membres de la famille de confectionner un masque représentant chacun de ses parents, même s’ils sont décédés. Les masques tiennent plutôt de la caricature, avec quelques traits forcés.
Ensuite chacun parle au masque qui est exposé au milieu de la pièce, et dit quel est le message délivré par le masque.
Cette méthode assure, outre une libération de la parole, une prise de conscience des rôles tenus dans la famille, de leur rigidité menant à l’impasse, et de la possibilité d’en changer. A la fin de la séance, on demande aux acteurs s’ils gardent les masques qu’ils ont confectionnés ou s’ils peuvent en changer.

Le jeu de l’oie (loi) systémique s’inspire lui aussi du vrai jeu de l’oie et permet d’avancer dans le travail sur l’individuation/appartenance des membres de la famille.
Le thérapeute demande à la famille de choisir dix événements fondateurs dans son histoire. Il écrit sous leur dictée les fiches relatant ces événements, dont le choix commun facilite déjà les interactions familiales. Puis chaque membre attribue un symbole à chaque événement, tels qu’ils existent dans le vrai jeu : l’oie qui fait sauter les obstacles, la prison qui immobilise, le puits qui est un danger, l’hôtel un repos, le pont qui unit, le labyrinthe qui confronte à ses propres ressources, la mort qui est la fin d’une chose. Enfin, chaque « joueur » est invité à écrire ou dessiner les cases de départ et d’arrivée, laissées vierges. Cette dernière phase laisse souvent apparaître le respect de l’opinion des autres membres familiaux, porte d’espoir vers l’acceptation de l’individuation.

Le Blason consiste à faire dessiner/écrire à la famille un blason illustrant ses valeurs premières. Il s’agit de travailler sur la culture d’appartenance. Une devise chapeaute quatre cases : celles du présent, du passé, de l’avenir, et le dessin d’un objet emblématique. Ce blason, en condensant l’émotionnel lié à la souffrance de la situation du couple ou de la famille, va la rendre accessible et donc la faire évoluer.

L’équipe réfléchissante permet à un thérapeute de ne pas se laisser aspirer par le problème du patient. Celui-ci appelle à l’aide une équipe réfléchissante, composée de thérapeutes qui ne vont pas se mêler de thérapie, mais présenter une réflexion sur l’interaction entre le thérapeute et ses patients, risquant donc de faire émerger « le modèle qui semble gérer leur interaction ». Cette interaction décalée va amener des ouvertures alternatives, richesse qui éloignera tous les acteurs en présence d’un modèle à causalité linéaire.

Ainsi tous ces objets flottants par l’espace qu’ils créent, suspendu entre deux mondes, décalé de la réalité que les acteurs vivent ailleurs, apparaissent comme autant de balises d’un « passage : entre groupe et individu, entre intérieur et extérieur, entre passé et futur ». Passage qui fera muter les acteurs de l’épistémologie de la panne à l’épistémologie de la crise, d’où pourra naître l’évolution. A la condition expresse, toutefois, de ne pas transformer les objets flottants en totem, en outil magique- sous peine de réintroduire la réduction que l’on traquait.

En guise de conclusion, les auteurs ont voulu revenir à un propos plus épistémologique, où l’on voit défiler le Temps, le chaos, l’ordre et le désordre, sans qu’il soit toujours possible de les relier nettement aux objets flottants...
Qu’importe, nous retiendrons plutôt la créativité dialogique induite par le voeu final des auteurs : que le lecteur trouve à travers ces pages rigueur et poésie, le convainquant de poursuivre son difficile travail thérapeutique.
 par Hélène MIMENZA.

15 juillet 2008

Fiche de lecture d’Evelyne BIAUSSER : "Seconde cybernétique et complexité" . Transmis par Hélène

Sous la direction d’Evelyne Andreewsky et Robert Delorme.
Ed L’Harmattan /Collection Ingenium, 2006, 169 pages, ISBN : 2-296-00473-3, EAN : 9782296004733.
Ce livre est né d’un colloque en hommage à Heinz Von Foerster, qui s’est tenu le 24 octobre 2004 à Paris VII, conjointement organisé par l’Afscet[1] et Aemcx[2].
Y figurent deux conférences du « penseur » - la difficulté à le nommer nous indique déjà sa foisonnante transdisciplinarité – sur l’éthique et la responsabilité ; et les interventions de six chercheurs contemporains qui témoignent de son héritage fertile dans des champs aussi divers que la biologie (Henri Atlan), l’épistémologie génétique (Mauro Ceruti), la philosophie morale et politique (Jean-Pierre Dupuy), la psychothérapie (Jacques Miermont), la pensée complexe (Edgar Morin), les mathématiques (Robert Vallée).
L’une des particularités, non des moindres, d’Heinz von Foerster, ayant été, ainsi que le rappelle Robert Delorme, de n’avoir pas écrit de livre, même si en 2003 – un an après sa mort - est parue sous la responsabilité de son fils une collection de douze essais préparée par lui-même.
Sa volonté de ne pas s’enfermer dans les « -ismes » divers a certainement ralenti le défrichage de cette oeuvre pourtant si riche de concepts fondateurs pour l’avancée de la connaissance.
S’il fallait en choisir un, la « cybernétique de second ordre » s’imposerait certainement en premier, comme celui qui a fait entrer le système observant dans le système observé, bouleversant ainsi la fameuse « objectivité scientifique », qui s’appuyait sur la séparation de l’objet et du sujet.
Lorsqu’en 1997 on lui demande s’il est constructiviste, il répond :« non, je suis viennois... »
Derrière la boutade apparente se profile pourtant un contexte signifiant : celui de la Vienne des années 20 –Heinz y est né en 1911-, de ses cercles savants initiant le dialogue transdisciplinaire et le questionnement du questionnement.
A son arrivée aux Etats Unis, en 1949, il devient « l’éditeur » des Conférences Macy, baptisées par lui « cybernetics », où il rencontre Gregory Bateson, Margaret Mead, Norbert Wiener, John von Neumann, Warren Mac Culloch, en un échange multidisciplinaire autour de la causalité circulaire et le feed-back dans les systèmes biologiques et sociaux. Il fonde ensuite en 1958 le Biological Computer Laborary, travaillant sur les concepts cybernétiques et leur application à des problèmes aussi bien techniques que sociaux, jusqu’en 1975.


15 juin 2008

Une logique de la communication ch2

UNE LOGIQUE DE LA COMMUNICATION
P.WATZLAWICK J.HELMICK BEAVIN DON D.JACKSON

chapitre 2 Propositions pour une axiomatique de la communication

2-1 INTRODUCTION
En partant de quelques propriétés simples de la communication dont les implications interpersonnelles sont fondamentales. On verra que ces propriétés jouent le rôle d'axiomes dans le calcul de la communication humaine; l'objectif de ce chapitre est de définir ces axiomes.


2-2 IMPOSSIBILITE DE NE PAS COMMUNIQUER

2-21
Il n'y a pas de "non comportement", on ne peut pas ne pas avoir de comportement.
Luft a mené des recherches très intéressantes dans ce domaine en étudiant ce qu'il appelle "privation de stimulus social". Il amis 2 étrangers en présence dans une pièce, les faisant asseoir chacun à un bout de la pièce et leur a donné pour instruction "de ne parler ni communiquer en aucune manière". Après l'expérience, les entretiens ont révélé le " stress" que représentait une telle situation.
Dans une interaction tout comportement a la valeur d'un message donc on communique qu'on le veuille ou non.

2-22 Définitions pour ce qui concerne le livre, le terme "communication" à deux sens.
"la communication" désigne l'aspect pragmatique de la théorie de la communication humaine.
"une communication" correspond à une unité de comportement,soit un message.
Une série de messages échangés entre individus sera appelée "interaction"..
Une unité de la communication humaine d'un degré encore plus complexe, sera appelée "modèle d'interaction" et sera étudié dans les chapitres 4 et 7.
En admettant que tout comportement est communication, l'unité la plus simple sera un composé fluide et polyphonique de nombreux modes de comportement: verbal, tonal, postural, contextuel.
Les différents éléments entrant dans ce composé sont passibles de permutations, allant de la congruence à l' in congruence et au paradoxe
L'effet pragmatique de ces combinaisons dans des situations interpersonnelles constituent l'objet de ce livre.

2-23 .L' impossibilité de ne pas communiquer n'a pas d' intérêt théorique. Par exemple le dilemme du schizophrène, celui-ci cherche à ne pas communiquer.
Le schizophrène est aux prises avec un problème insoluble:
- dénier qu'il communique quoi que ce soit et
- dénier que son dénie lui-même soit une communication.
Comprendre ce dilemme, c'est la clef de communication avec les schizophrènes.
Toute communication suppose un engagement et définit par là la manière dont l'émetteur voit sa relation au récepteur.
Il est fait l'hypothèse que le schizophrène évite cet engagement en ne communiquant pas.

2-24 En résumé: axiome de méta communication dans la pragmatique de la communication: on ne peut pas ne pas communiquer.

2-3 NIVEAUX DE LA COMMUNICATION - CONTENU ET RELATION

2-31 Autre axiome: toute communication suppose un engagement et définit par suite la relation.
(la communication ne fait pas que transmettre une information, elle induit aussi un comportement). D'après BASETON ces deux opérations représentent l'aspect "indice" et l'aspect "ordre" de toute communication.
Soit une chaine de neurones linéaire: A_______B________C______
Quand B reçoit une excitation , c'est l'indice que A a été excité, mais c'est aussi l'ordre d'exciter C
Dans la communication humaine, l' "indice" est un message qui transmet une information, c'est donc synonyme de "contenu du message".
L'aspect "ordre" désigne la manière dont on doit entendre le message, ça précise la relation entre les partenaires.
Par exemple des messages comme:"Veillez à desserrer l'embrayage progressivement et sans à-coups", et : "Vous n'avez qu'à laisser filer l'embrayage et la transmission sera fichue en un rien de temps", ont en gros le même contenu informatif (aspect "indice") mais définissent visiblement des relations très différentes.
Plus une relation est spontanée et "saine" et plus l'aspect "relation" de la communication passe à l'arrière plan. Inversement, les relations "malades" se caractérisent par un débat incessant sur la nature de la relation et le "contenu" perd toute importance.

2-32 En informatique, le problème est le même pour communiquer avec la machine. Il y a les deux aspects «indice» et «ordre».
Par exemple pour multiplier 2 chiffres, il faut introduire les 2 chiffres dans la machine et une information sur l'information : l'ordre «à multiplier»
contenu = «indice»
relation = «ordre» , ça donne aussi la relation entre ces deux aspects.
Les instructions («ordre») appartiennent à un type logique plus complexe que les données («indice»). C'est une méta-information. (information sur l'information).

2-33 En communication humaine, une relation semblable lie les aspects "indice" et "ordre" : l' "indice" transmet les données de communication, l' "ordre" dit comment on doit la comprendre. Dire : "Ceci est un ordre", ou "je plaisantais" , sont des exemples verbaux d'une telle communication sur la communication. La relation peut aussi s'exprimer de manière non verbale, par les cris, le sourire, et d'une infinité d'autres manières. La relation peut aussi se comprendre parfaitement en fonction du contexte ou s'effectue la communication, par exemple entre soldats en uniforme ou sur la piste d'un cirque.
.L'aspect «relation» qui signifie communication sur communication, est analogue au concept de méta-communication. Mais l'aptitude à méta communiquer à des liens très étroits avec le problème de la conscience de soi et d'autrui. (Cela sera approfondi au chapitre 3).
Surtout en communication écrite, on peut composer des messages très ambigus, au niveau de la méta communication. Il peut y avoir confusion entre niveau, cela menant à des impasses, des paradoxes de logique.
Dans la communication écrite , on peut composer des messages très ambigus au niveau de la méta communication. Comme le note CHERRY , la phase :" pensez-vous que ça ira comme ça?" ,peut avoir des sens variés, selon le mot qu'il faut accentuer, indication que le langage écrit ne donne généralement pas.
Comme cela sera vue au chapitre consacré à la communication paradoxale, des confusions et des contaminations entre ces 2 niveaux _communication et méta communication_ peuvent conduire dans des impasses dont la structure est analogue à celle des célèbres paradoxes de la logique.

2-34 Axiome: Toute communication présente deux aspects, le contenu et la relation, tel que le second englobe le premier et par suite est une méta communication.
2-4 PONCTUATION DE LA SEQUENCE DES FAITS

2-41 Une série de communications peut être considérée comme une séquence ininterrompue d'échanges. (stimulus – réponse)
D'un point de vue culturel, il existe beaucoup de convention de ponctuation. (La ponctuation structure les séquences d'interaction).
Si nous considérons de ce point de vue les expériences d'apprentissage classiques, nous voyons immédiatement que la répétition des essais équivaut à une différenciation de la relation entre les deux organismes intéressés, l'expérimentateur et son sujet. La séquence des essais est ponctuée de telle manière que c'est toujours l'expérimentateur qui semble fournir les "stimuli" et les "renforcements", alors que le sujet donne les "réponses". C'est à dessein que nous mettons ces mots entre guillemets parce que les rôles ne sont définis que par le consentement des organismes en question à admettre ce système de ponctuation....Le rat qui dirait: " 'ai bien dressé mon expérimentateur. Chaque fois que j'appuie sur le levier , il me donne à manger" , refuserait d'admettre la ponctuation de la séquence que l'expérimentateur cherche à lui imposer.

2-42 Le désaccord sur la manière de ponctuer la séquence des faits est à l'origine d'innombrables conflits qui portent sur la relation.
Par exemple, un couple incapable dans un conflit de méta communiquer sur leurs modèles respectifs d'interaction.
En parlant de leurs frustrations, le mari dira que le repli est sa seule défense contre la hargne de sa femme; celle-ci qualifiera cette explication de distorsion grossière et délibérée de ce qui se passe "réellement" dans leur vie conjugale : elle le critique en raison de sa passivité.;...........leurs affrontements se réduisent à un échange monotone de messages de ce genre : "je me replie parce que tu te montres hargneuse" et "je suis hargneuse parce que tu te replies".

mari se
se \ /\ /\ /\ / gneu
re \ / \ / \ / \ / har
plie \/ \/ \/ \/ est
femme

Les relations internationales fonctionnent sur le même modèle. (type oscillatoire)

2-43 En mathématique, une «suite infinie alternée» , représente comme précédemment une suite de type oscillatoire. On peut grouper une séquence mathématique de plusieurs façons différentes mais arithmétiquement correcte. Le résultat de la limite de la suite est différente selon la manière dont on choisit de ponctuer la séquence de ses éléments.
Dans "les paradoxes de l' Infini", Bernard BALZANO étudie différents types de suites (S) dont la plus simple est sans doute la suivante :
S = a - a + a - a + a - a + a - a + a - a + ..........
Voici les trois groupements (ou " ponctuation") possible:
S = ( a -a ) + ( a- a ) + ( a - a ) + ( a - a ) + .........
S = 0 + 0 + 0 + 0 + 0 + ..........
S = 0
Il y aurait une autre manière de grouper les éléments de la séquence qui serait la suivante :
S = a - ( a - a ) - ( a - a ) - ( a - a ) - ( a - a ) - ...........
S = a - 0 - 0 - 0 - ......
S = a
Ou bien encore :
S = a - ( a - a + a - a + a - a + a - ......)
et puisque les éléments qui sont à l'intérieur de la parenthèse ne sont autres que la suite elle-même, il suit que :
S = a - S
donc 2S = a et S = a/2
Mais en communication, la ponctuation est fallacieuse car il n'y a pas de commencement. C'est en ce point précis que réside l'erreur des partenaires dans une situation de ce genre.

2-44 Axiome : la nature d'une relation dépend de la ponctuation des séquences de communication entre partenaires.


2-5 COMMUNICATION DIGITALE ET COMMUNICATION ANALOGIQUE


2-51 Le système nerveux central émet des informations digitales binaires, au moyen des neurones.
Le système neurovégétatif envoie dans la circulation des quantités discrètes de substances spécifiques. (humeur)
Dans l'organisme, communication neuronique et humorale ne sont pas simplement juxtaposées, elles se complètent et dépendent l'une de l'autre de manière complexe.
Dans les machines ces deux modes de communication se retrouvent. Certains ordinateurs fonctionnent selon le principe du «tout ou rien» (transistors) .Ceux sont des engins dit digitaux parce qu'ils travaillent avec des "digits" Toute information est représentée dans l'ordinateur sous forme de code , les bits (1 ou 0). D'autres machines utilisent des grandeurs discrètes et positives (analogues à des données) ,elles sont donc appelées analogiques.

2-52 En communication humaine quand on se sert d'une image ou d'un dessin, la communication est analogique, lorsqu'on utilise des mots, la communication est digitale.
Chaque fois qu'on utilise un mot pour nommer une chose, la relation établie est arbitraire.
Le mot est représenté par un signe arbitraire, c'est une convention sémantique.
Par contre dans la communication analogique, il y a un rapport direct avec ce qu'elle représente.
Par exemple, on aura beau écouter une langue étrangère à la radio, on n'arrivera pas à la comprendre, alors qu'on peut déduire assez facilement une information élémentaire de l'observation du langage par gestes et des mouvements servant à signaler une intention , même lorsqu'on a affaire à un individu d'une culture entièrement différente.
La communication analogique plonge ses racines dans les périodes archaïques de l'évolution, tout comme dans le monde animal, elle représente la communication non verbale. La communication digitale , verbale, relativement récente est bien plus abstraite.
Dans l'analyse de la communication humaine, on a que trop tendance a négliger l'importance capitale du contexte pour la communication. Et pourtant celui qui se brosserait les dents dans une rue animée, et non dans sa salle de bain, pourrait être rapidement "embarqué" au poste de police ou dans un asile de fous; ceci à titre d'exemple des effets pragmatiques de la communication non verbale.

2-53 L'homme est le seul à communiquer sur les deux modes, analogique (héritage ancestral) et digital (transmission culturelle). L'analogique transmet essentiellement la relation.
Chez les animaux, les vocalisations, les mouvements signalant une intention et les signes indicatifs de l'humeur sont des communications analogiques qui définissent la nature de leurs relations, au lieu de désigner par là des objets.
Par exemple, si j'ouvre le réfrigérateur et que le chat vienne se frotter contre mes jambes en miaulant, cela ne veut pas dire "je voudrais du lait", ce que signifierait par là un être humain, mais renvoie à une relation spécifique : "sois une mère pour moi", parce qu' un tel comportement ne s'observe que chez les chatons envers les chats adultes, mais jamais entre deux animaux adultes.
Chaque fois que la relation est au centre de la communication, le langage digital est à peu près dénué de sens. C'est le cas aussi lorsqu'on fait la cour, aime aide, combat, et naturellement qu'on s'occupe de très jeunes enfants, ou de malades mentaux. On a toujours prêté aux enfants, aux fous et aux animaux une intuition particulière de la sincérité ou l' in sincérité des attitudes humaines. Il est en effet facile de professer quelque chose verbalement, mais il est difficile de mentir dans le domaine de l'analogique.

2-54 Quelque soit sa précision, un calculateur analogique, aura des variations incontrôlables, par exemple avec la règle à calculer, le résultat ne peut être qu'approxima tif. Le calculateur digital est beaucoup plus précis, sa seule limite, c'est le nombre de bits qu'il peut contenir en mémoire. De plus, le calculateur digital est une machine logique contrairement à la machine analogique. On retrouve les même caractéristiques dans la communication humaine, la complexité dans le digital est beaucoup plus grande que dans l'analogique.
Dans l'analogique, il n'y a pas de négation, (que ce soit calcul ou communication), pas de "non", il n'y a pas de d'équivalents à: "si....alors", "ou bien .... ou bien", pas non plus d'indices permettant de distinguer le passé, le présent, l'avenir. Par exemple : Les larmes peuvent exprimer le chagrin ou la joie, le poing serré peut signifier agressivité ou embarras, un sourire peut traduire la sympathie ou le mépris, on peut interpréter la réserve comme une marque de tact ou d'indifférence.
Dans la communication digitale, il y a le discriminant "non", et des indices, mais il manque un vocabulaire adapté aux aléas de la relation.
L'homme en tant qu' émetteur ou récepteur doit continuellement traduire l'un dans l'autre.

Dans la communication humaine, la difficulté de traduction existe dans les 2 sens. (traduction du digital en analogique et l'inverse) . Mais pour parler sur la relation, il faut pouvoir trouver une traduction adéquate de la communication analogique en communication digitale.
Par exemple, le mariage, l'analogique de la relation c'est "la cour" , et la digitalisation, c'est le contrat de mariage. Aussi avec le temps une définition non équivoque de la relation devient très problématique.

2-55 Les êtres humains usent de 2 modes de communication: digital et analogique. Le langage digital possède une syntaxe logique très complexe et très commode mais manque d'une sémantique appropriée à la relation. Par contre, le langage analogique possède bien la sémantique mais non la syntaxe appropriée à une définition non équivoque de la nature des relations.


2-6 INTERACTION YMETRIQUE ET COMPLEMENTAIRE

2-61 Le concept a été élaboré suite au phénomène "schismogenése", c'est un phénomène d'interaction qui fut observé en Nouvelle Guinée dans la tribu des "Iatmul" en 1935. Il s'agit d'un processus de différenciation des normes du comportement individuel à la suite d'une interaction cumulative entre individus. En 1939, Richardson s'est servi de ce concept pour analyser la guerre et la politique étrangère; et depuis 1952, Baseton a prouvé la commodité de ce concept dans les recherches de psychiatrie. L'étude des réactions des individus aux réactions des autres individus. l'objet de la recherche étant ainsi défini, il faut considérer la relation entre deux individus comme capable de se modifier de temps à autre, même sans intervention extérieure et examiner non seulement les réaction de A au comportement de B, mais aussi, comment ces réactions affectent la conduite de B et l'effet de cette dernière sur A. ....Par exemple, un des modèles de comportement culturelle ment approprié à l'individu A et considéré comme un modèle autoritaire. On s'attend à ce que B y réponde par ce qui est considéré culturelle ment comme de la soumission. Il est probable que cette soumission favorisera un autre acte autoritaire qui exigera à son tour la soumission. Nous avons ainsi une relation qui change progressivement et, à moins que d'autres facteurs n'interviennent, A deviendra nécessairement de plus en plus autoritaire et B de plus en plus soumis. Ce changement progressif se produira aussi bien si A et B sont des individus séparés ou s'ils sont membres de groupes complémentaires. A coté de ce type de changements progressifs que nous appelleront schismogenése complémentaire, il existe un autre modèle de relation entre individus ou groupes d'individus qui contient également les germes d'un changement progressif: si, par exemple la vantardise constitue le modèle culturel de comportement d'un groupe et si l'autre groupe y répond aussi par la vantardise, une situation de compétition peut se développer dans laquelle la vantardise mène à une surenchère, et ainsi de suite. Nous pouvont appeler ce type de changement progressif schimogenése "symétrique".

2-62 Le modèle précédent est devenu une interaction complémentaire ou symétrique .La relation est fondée soit sur l'égalité, soit sur la différence.
Sur l'égalité , il y a comportement en miroir et cela amène a une immobilisation de la différence.
Sur la différence, on arrive à une maximalisation de celle-ci. Mais, attention, dans la relation complémentaire, il est fait référence aux positions " haute ou basse" dans la relation. Il est important de ne surtout pas amalgamer avec les notions "bien ou mal","fort ou faible".Le contexte social ou culturel fixe dans certains cas une relation complémentaire, par exemple : mère - enfant, médecin - malade, professeur - étudiant.
Les comportements sont dissemblables mais adaptés l'un à l'autre. Ce n'est pas l'un qui impose une relation complémentaire à l'autre. chacun d'eux se comporte d'une manière qui présuppose , et, en même temps justifie, le comportement de l'autre; leurs définitions de la relation sont concordantes.

2-63 On peut proposé un troisième type de relation: la relation "méta-complémentaire", dans laquelle A laisse B dépendre de lui ou l'y contraint. (On s'attache à la manière dont se comporte les deux partenaires en faisant abstraction des raisons qu'ils ont ou croient avoir, de se conduire ainsi). Mais si les individus engagés dans une relation font appel aux multiples niveaux de communication pour exprimer des modèles situés à des niveaux différents, des conséquences paradoxales peuvent en résulter dont la valeur pragmatique est importante.

2-64 Axiome : Tout échange de communication est symétrique ou complémentaire selon qu'il se fonde sur l'égalité ou la différence.


2-7 RESUME

Réserve à propos de l'ensemble des axiomes formulés :
- Ce ne sont que des propositions, leur définition n'est pas rigoureuse.
- Ils sont tirés hétérogènes parce qu'ils proviennent de l'observation de phénomènes de communication situés dans des registres tirés variés. S'ils ont une unité , elle ne réside pas dans leur origine, mais dans leur importance pragmatique.
Birdwhistell est allé jusqu'à dire: Un individu ne communique pas; il prend part à une communication ou il en devient un élément. Il peut bouger, faire du bruit ....., mais il ne communique pas. En d'autres termes, il n'est pas l'auteur de la communication , il y participe. La communication en tant que système ne doit donc pas être conçue sur le modèle élémentaire de l'action et de la réaction, si complexe soit son énoncé. En tant que système, on doit la saisir au niveau d'un échange.
L'impossibilité de ne pas communiquer fait que toute situation comportant deux ou plusieurs personnes est une situation inter-personnelle, une situation de communication. L'importance pragmatique, interpersonnelle, des modes de communication digital et analogique ne réside pas seulement dans un isomorphisme supposé avec le contenu et la relation, mais dans l'ambiguïté, inévitable et significative, à laquelle se heurtent émetteur et récepteur lorsqu'il s'agit de traduire un mode dans l'autre.
Les problèmes de ponctuation repose sur la métamorphose implicite du modèle classique "action-réaction".
Le paradigme symétrie-complémentarité est peut-être celui qui se rapproche le plus du concept mathématique de fonction, les positions des individus n'étant que des variables susceptibles de prendre une infinité de valeurs dont le sens n'est pas absolu, mais n'apparait que dans leur relation réciproque.

09 avril 2008

Chapitre 7 suite

7-4 Les doubles contraintes thérapeutiques

Prescrire le symptôme n'est qu'une des formes possible des multiples et différentes interventions paradoxales regroupés sous l'expression « double contraintes thérapeutiques ».
Au point de vue de la communication , les communications paradoxales sont les interventions les plus complexes et les plus efficaces en valeur curative des communications paradoxales. C'est le moyen de briser une double contrainte symptomatique par une « contre double contrainte » et également instaurer un « contre jeu » dans un jeu sans fin.
Ce qui a rendu quelqu'un fou doit être utilisable éventuellement pour le rendre sain d'esprit.
Les qualités humaines du thérapeute sont nécessaires et utiles dans une psychothérapie mais ne suffisent pas à elles seules pour débrouiller la complexité paradoxale d'une interaction perturbée.
Du point de vue structurel, une double contrainte thérapeutique est l'image en miroir d'une double contrainte pathogène.
Elle présuppose l'existence d'une relation intense, avec le thérapeute, dont il attend beaucoup. (valeur vitale)
Dans ce contexte, on formule une injonction dont la structure est telle qu'elle renforce le comportement que le patient s'attend à voir changer. Elle implique que ce renforcement est le véhicule même du changement, il y a création d'un paradoxe puisqu'on demande au patient de changer en restant inchangé. Dans une double contrainte pathogène, le patient est « condamné s'il le fait et condamné s'il ne le fait pas », dans une double contrainte thérapeutique, le patient « change s'il le fait et change s'il ne le fait pas. » Logiquement, l'injonction est absurde, elle a néanmoins une réalité pragmatique; le patient ne peut pas ne pas y réagir, mais il ne peut pas non plus y réagir selon son mode habituel, c'est-à-dire par ses symptômes. Une double contrainte thérapeutique oblige toujours le patient à sortir du cadre que lui fixe son dilemme. Ce pas est possible lorsque le système primitif est élargi en un système plus vaste comprenant un étranger, bien sur, spécialiste. Il est alors possible pour tous les intéressés de regarder l'ancien système de l'extérieur et on peut introduire des métarégles que l'ancien système ne pouvait engendrer lui-même de l'intérieur.

7-5 Exemples de doubles contraintes thérapeutiques

En discutant la théorie de la double contrainte, il a été dit que le paranoïaque, dans sa quête minutieuse du sens, va souvent jusqu'à faire passer au crible des phénomènes totalement secondaires et sans rapport entre eux, puisqu'il a été mis dans l'impossibilité de percevoir et de critiquer correctement le véritable problème ( le paradoxe). Alors que le patient prend des airs distants et entendus, il souffre en réalité de « trou » énormes dans son expérience réelle, et l'injonction répétée d'avoir à se méfier d'une perception correcte a un double effet: elle empêche le patient de combler ces « trous » avec une bonne information et elle renforce ses soupçons. Avec le concept de communication paradoxale, on peut « apprendre au patient à être plus méfiant ». Par exemple suggérer au patient d'explorer le cabinet du thérapeute pour s'assurer qu'il n'y a pas de micros cachés, avant de poursuivre la séance. Ceci donne l'illusion au patient « l'illusion du choix possible ». Ou bien il accepte l'exploration proposée ou bien il abandonne ses idées paranoïaques.

Non seulement la situation psychanalytique, mais aussi la plupart des situations psychothérapeutiques, abondent en doubles contraintes implicites. Un des tout premiers collaborateurs de Freud, Hans Sachs, s'est aperçu de la nature paradoxale de la psychanalyse; d'après lui: « une analyse se termine quand le patient se rend compte qu'elle pourrait continuer indéfiniment. » Cette formule rappelle l'un des dogmes du bouddhisme Zen, qui veut que l'illumination surgisse quand le disciple comprend qu'il n'y a pas de secret, pas de réponse définitive, et donc aucune raison de continuer à poser des questions.

Énumérons quelques-uns des paradoxes en situation psychanalytique:
* Le patient voit en son analyste un spécialiste qui ne manquera pas de lui dire ce qu'il doit faire. L'analyste répond en renvoyant le patient à lui-même, en le rendant responsable du déroulement du traitement, et en lui demandant d'être spontané, tout en fixant des règles qui circonviennent entièrement le comportement du patient. Cas ou l'on dit au patient: « soyez spontané ».
* Le patient se trouvera toujours en présence d'une réponse paradoxale. S'il remarque qu'il ne voit pas d'amélioration, cela tient à ses résistances, c'est une bonne chose, cela fournit l'occasion de mieux comprendre son problème. S'il dit constater une amélioration,on dira qu'il résiste en tentant « la fuite dans la santé », avant que son problème réel n'ait été analysé.
* Le patient se trouve dans une situation ou il ne peut pas se comporter en adulte, et pourtant l'analyste interprète son comportement de type infantile comme un comportement inadapté.
* Autre paradoxe, la relation analytique est-elle volontaire ou obligatoire? D'une part, elle est volontaire, donc symétrique, mais au moindre retard ou absence de séance, la relation devient obligatoire, complémentaire, l'analyste occupant la position « haute ».
* Cette position « Haute » de l'analyste est évidente lorsqu'on aborde le concept de l'inconscient. Si le patient rejette une interprétation, l'analyste peut toujours dire qu'il ne fait que souligner quelque chose que le patient ignore, par définition, puisque c'est inconscient. Si par contre,le patient tente de se réclamer de l'inconscient, l'analyste peut rejeter cette proposition considérant que si c'est inconscient, le patient ne peut s'en prévaloir.
On voit donc que la situation psychanalytique est par elle-même une double contrainte thérapeutique complexe dans laquelle le patient « change s'il le fait et change s'il ne le fait pas ». Cela est également valable plus largement pour toute psychothérapie.

Les médecins sont censés guérir. Dans l'interaction ils se trouvent placer en position « haute ».Plus le traitement réussi, plus leur position est « haute ». Mais, si leur efforts échouent, les positions sont inversées, cet le malade qui occupe la position « haute ». Dans la relation médecin-malade, le médecin risque de se laisser prendre dans une double contrainte par des malades, qui pour des raisons obscures, ne peuvent accepter une amélioration,pour eux, l'important c'est d'occuper la position « haute » au prix même de la douleur et de la gène. Tout se passe comme si ces malades, à travers leurs symptômes, transmettaient ce message: « Aidez-moi, mais je ne vous laisserai pas m'aider ».

Un couple demande une aide en raison de scènes trop fréquentes. Au lieu de centrer son attention sur une analyse de leurs conflits, le thérapeute donne une nouvelle définition de leurs disputes en leur disant qu'en réalité ils s'aiment, plus ils se disputent, plus ils s'aiment. Le couple a beau trouver cette interprétation ridicule , ou précisément parce qu'elle leur paraît ridicule, mari et femme se mettent en devoir de prouver au thérapeute qu'il se trompe complètement. Aussi ils cessent leurs disputes, pour prouver qu'ils ne s'aiment pas. Mais lorsqu'ils cessent de se disputer, ils découvrent qu'ils s'entendent beaucoup mieux qu'ils ne le pensaient.

L'effet thérapeutique de la communication paradoxale n'est nullement une découverte récente. C'est ce que montre une histoire du bouddhisme Zen qui contient tous les éléments d'une double contrainte thérapeutique:
Une jeune femme qui allait mourir dit à son mari:
- Je t'aime tant que je ne veux pas te perdre. Ne me trompe pas avec une autre femme. Si tu le fais, mon fantôme viendra te hanter et ne te laissera jamais en paix.
Lorsqu'elle fut morte, son mari respecta son souhait pendant trois mois, mais ensuite il s'éprit d'une autre femme et se fiança avec elle. Dés ce jour-là, un fantôme lui apparut chaque nuit, lui reprochant de n'avoir pas tenu sa promesse. Ce fantôme savait beaucoup de choses: il disait à l'homme tout ce qui se passait entre sa fiancée et lui. Chaque fois que l'homme offrait un présent à sa fiancée, le fantôme le décrivait en détail, et il répétait chacune de leurs conversations. L'homme en était à ce point agacé qu'il en perdit le sommeil. C'est alors que quelqu'un lui conseilla de soumettre son problème à un maître du Zen qui vivait prés du village.
Ton ancienne femme est donc devenue un fantôme, et elle sait tout ce que tu fais, tout ce que tu dis ou offre à ta bien-aimée? dit le Maître. Ce doit être un fantôme très instruit, et que tu devrais admirer. La prochaine fois que tu le verras, propose-lui un marché. Dis-lui que, puisque tu ne peux rien lui cacher, tu rompras tes fiançailles s'il veux répondre à la question que tu lui poseras. Sur quoi tu prendras une grosse poignée de baies de soja et tu lui demanderas combien de baies tu as dans ta main. S'il ne peut te répondre, tu sauras que ce fantôme n'est que le fruit de ton imagination, et il ne viendra plus t'ennuyer.
La nuit suivante, lorsque le fantôme apparut, l'homme le flatta, comme l'avait dit le Maître, de son savoir.
- En effet, répliqua le fantôme. Je sais même que tu es allé voir le Maître du Zen aujourd'hui.
- Puisque tu sais tant de choses, dit l'homme, dis-moi combien de baies de soja j'ai dans cette main.
Il n'y eut plus aucun fantôme pour répondre à sa question.

7-6 Le paradoxe dans le jeu, l'humour et la créativité

Pourquoi les organismes depuis les invertébrés jusqu'à l'homme sont-ils si sensibles aux effets du paradoxe? Il n'y a pas de réponse claire.
Au niveau humain, le paradoxe peut avoir des effets pathogènes mais aussi thérapeutiques. Il existe encore beaucoup d'aspect positifs au paradoxe.
Par exemple : le jeu, « C'est un jeu » exprime une méta communication sur le jeu. Cela signifie: « les actions auxquelles nous nous livrons maintenant ne signifient pas ce que signifieraient les actions qu'elles représentent. »
L'énoncé négatif renferme implicitement un méta énoncé négatif.
En ce qui concerne l'humour c'est le même principe entre le réel et l'irréel. Le réel est irréel et vice et versa.
Le dénouement final déclenche le paradoxe interne propre au contenu de la plaisanterie. Le paradoxe de la partie négative définit le tout.
La créativité, a fait l'objet de nombreuses études, dont une récente: The Act of Creation d'Arthur Koestler. L'auteur avance l'idée que l'humour et la découverte scientifique, tout comme la création artistique, résultent d'un processus mental qu'il appelle « biassociation », qu'il définit comme la perception d'une situation ou d'une idée sur deux plans de référence dont chacun a sa logique interne mais qui sont incompatibles.
Il établit une distinction entre le raisonnement routinier, la pensée va dans une seule direction, sur un seul plan, et l'acte créateur, sur plus d'un plan, il s'agit d'un état transitoire d'équilibre instable, partagé entre deux directions, le déséquilibre affectant à la fois l'émotion et la pensée. En aucun cas l'auteur considère que la biassociation puisse présenter la structure du paradoxe.

13 février 2008

chapitre 6 Une logique de la communication

" Une Logique de la communication " - Chapitre 6.
La communication paradoxale.
fiche de lecture établie par Martine et Hélène.
6.1 Nature du paradoxe.
Depuis toujours, l'esprit humain est fasciné par le paradoxe. Il est d'ailleurs à l'origine des œuvres majeures du 20° siècle. De nature complexe et ésotérique, ces œuvres peuvent dérouter mais elles n'en sont pas moins fondamentales en métamathématique et dans les théories de type logique par exemple. Le paradoxe a une portée pragmatique 1* et même existentialiste pour chacun d'entre nous.
Le paradoxe peut envahir l'interaction et affecter notre comportement et notre santé mentale mais il peut aussi dans le même temps remettre en question nos croyances et nos certitudes.
Katogi mori
Lorsqu'il est intentionnel, le paradoxe peut avoir des virtualités thérapeutiques non négligeables.
Ce concept de paradoxe est d'une importance capitale.
Il existe des vrais et des faux paradoxes, les faux étant basé sur une erreur caché de raisonnement ou de déduction erroné. Cette définition : contradiction qui vient au terme d'une déduction correcte à partir de prémisses « consistantes »"(p.188) tente d'exclure les faux paradoxes mais a une portée limitée car des hypothèses établies pour justes aujourd'hui peuvent être déclarées fausses demain (ex la théorie de Copernic). Des théories et progrès scientifiques peuvent en effet entraîner des corrections profondes dans les croyances et les connaissances.
3 types de paradoxes :
· L'antinomie ou paradoxe logico-mathématique : parfois utilisé comme synonyme de
" paradoxe " mais ce terme est alors plus volontiers utilisé dans des systèmes formalisés (logique, mathématique...). C'est un énoncé à la fois contradictoire et démontrable, mais aboutit à un résultat à la fois vrai et faux, c'est donc une contradiction formelle.
Toute antinomie est une contradiction logique mais toute contradiction logique n'est pas une antinomie. Domaine de la syntaxe logique.
· L'antinomie sémantique ou définition paradoxale : cette antinomie n'apparaît pas en logique ou mathématique mais naissent de contradictions cachées dans la structure même de la pensée et du langage. Domaine de la Sémantique.
· Le paradoxe pragmatique : Est sous divisé en Injonctions paradoxales et prévisions paradoxales. Il sera un des fondement de l'étude sur la communication exposé dans ce livre. Appartient au domaine de la Pragmatique.
6.2. Illustration des types de paradoxes.
  • Le paradoxe logico-mathématique ou paradoxe logique qui a pu être observé (p.192) a en fait était expliqué par Russell (Paradoxe de Russell) dans sa théorie des types logiques, qui est un principe fondamental.
Il s'agit d'une confusion de type logique (ou niveaux). Une confusion des niveaux peut ne pas être faux mais est en fait dénué de sens. Ce dernier élément est très important car un élément simplement faux pourrait indiquer qu’il est vrai. Or le non-sens est tout autre chose.
  • L'antinomie sémantique ou définition paradoxale est un Paradoxe sémantique.
Elle provient de la confusion sémantique, un terme, ou une expression, peut par exemple désigner plusieurs choses différentes et créer l’illusion linguistique d’une identité (p.193).
Dans l’écrit, les signes tels que guillemets ou italiques indiquent des différences de niveau logique.
Une antinomie linguistique « je suis menteur » montre la contradiction de l’homme qui ne peut être vrai que lorsqu’il ment. Ainsi, toujours selon Russell, le langage possède lui-même un autre langage appelé méta langage (P.194). Ainsi, si le 1° niveau de langage concerne les objets (la « langue objet), mais si nous devons parler sur le langage, nous utilisons une métalangue. Ainsi cette métalangue possède elle-même une structure sur laquelle, si nous devons en parler, nécessite un méta-métalangue, et ce déclinable à l’infini. Il s’agit donc ici de la « Théorie des niveaux de langage » (Canap et Tarski). Cette théorie, appliquée à l’exemple du menteur, souligne combien l’énoncé contient en elle-même sa vérité ou sa fausseté. Mais cela ne peut suffire dans la théorie de la communication, car elle représente un paradoxe (ex . du barbier p.195), qui peut semer le doute ou la confusion et avoir des répercussions sur le comportement, cad avoir des conséquences pragmatiques.
· Les paradoxes pragmatiques.
L’injonction paradoxale (p.195).