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07 janvier 2009

Réflexions autour de la loi du 2 janvier 2002 –T.D. décembre 2008.

J. CABASSUT :
Enseignant, chercheur à l'université de Nice, psycho-clinicien de formation.
Il travaille dans le champs de la santé, actuellement dans un foyer d'accueil médicalisé (secteur psychose et secteur déficients adulte) et dans l'arriération profonde (handicap mental). Auparavant, il a travaillé plusieurs années dans un centre de rééducation de grands brûlés.
Il ressort de son expérience qu’ un travail d'équipe est nécessaire mais aussi un travail institutionnel dans le cadre du champs de la santé ou du médico-social.
La réflexion d'équipe est nécessaire sur les fonctionnements et dysfonctionnements, en quelque sorte une psychothérapie institutionnelle, l'établissement d'un autre rapport au « fou ».
Cf. film de Albert DUPONTEL: « Enfermé dehors ».


LOI DU 2 JANVIER 2002 -
5 signifiants importants dans cette loi:
1 . Droit et accès au droit de la personne handicapée.
2 . Contractualisation .
3 . Transparence.
4 . Evaluation renforcée.
5 . Usager.



Encore les Ménines ... par Picasso.

1. Droit et accès au Droit des personnes handicapées.

Ouverture et amplification de l'espace des droits mais les contraintes et limites restent en plan, c'est à dire, les devoirs.
Devoirs et limites structurent : exemple, une personne arrive dans l'établissement, elle doit s'inscrire à 3 ateliers (règlement).
L'idée est de montrer que la vie dans l'établissement demande une participation :droit / devoir
(ex : tâches ménagères).
Mais la limite est l'autre institutionnel, la limite dans le rapport à l'autre. C'est le moyen de travailler sur la castration.
On essaie de fonctionner avec un tiers régulateur : espace de réunion, synthèse, etc.

2 . La contractualisation des échanges.
On signe un contrat avec le nouvel arrivant, modèle marchand.
L'institution fournit des prestations, si elle ne les fournit pas, le sujet peut porter plainte. (vu x fois par le kinésithérapeute, le psychanalyse, etc)
Le texte de loi induit le rapport à l'autre. Le modèle de référence plus ou moins implicite s'inclue dans le lien. Le lien est réduit à un service.
La question du réel et du transfert passe à côté. Ce qui lie les deux parties met chacun sur un pied de symétrie, à la même place. La parole de l'usager et celle du professionnel sont identique.
L'usager évalue la prestation d'un professionnel, il évalue donc les compétences professionnelles d'un professionnel.
Autorité et pouvoir, l'autorité doit être garante et le pouvoir assure le statut (pouvoir disciplinaire, prise de risque et responsabilité).
Dans le lien, la donne change. La place du pouvoir, c'est la place analytique, celle du père.

3 . La transparence.
Logique de transparence d'échange.

4 . L’évaluation…
est une mascarade ! Tout ce qui est de l'ordre de l'humain est ‘à vue’ donc on laisse de côté l'inconscient, l'intime.

5. L’usager.

Il y a un jugement en extériorité sur ce qui est en train de se passer. Une écriture noire sur blanc, une relation sous contrôle.
On n'est pas en train d'édifier un sujet qui se construit avec des limites dans la castration, on édifie un sujet de frustration, de revendication, d'exigence.
Le manque est dû au fait que l'autre est défaillant (toute puissance).
L'idée de l'accès au dossier est intéressante mais dans le lien au soin.
Le sujet se construit avec les signifiants qu'il trouve en attrapant les signifiants qu'une culture, une société lui fournit.
Le signifiant de la loi de 2002 sur le handicape est perçue sur le mode de l'expertise. Un expert fournit un signifiant.

Signifiant « victime »:
Dans les prises en charge par la cellule d'urgence médico- psychologique, la victime est reçue d'emblée. On ne sait pas si le sujet est traumatisé. Le sujet doit attraper le signifiant victime pour la suite (dédommagement, etc).
L'idée de victime entraîne celle d'agresseur, la responsabilité est redistribuée.
La nouvelle loi façonne la pensée. Ce texte de loi modifie le réel de la rencontre, il implique le couple victime / agresseur.
Dans le champs du traumatisme il y a aussi des modifications; d'un traumatisme structurel à l'humain (pulsion sexuelle), on passe à un traumatisme extériorisé. C'est l’événement qui est traumatique, si c'est le cas, le sujet est victime. On ne cherche pas au départ si le sujet est traumatisé.
Dans le champs social, le traumatisme est intégré, intrinsèque au projet, considéré comme événement traumatisant.
SARKOZI est une victime absolue! Il est impliqué dans trois affaires judiciaires mais ne peut pas être jugé, donc jamais responsable... C'est une falsification du Droit par rapport aux usagers.

Quelle conception de l'humain passe dans cette loi de janvier 2002?
Pour l'humain et le travail social, ce qui est dommageable c'est que la loi pose la personne handicapée du côté de la frustration (marchandise, objet) et non de la castration.


Notes de Michèle, mise en ligne de Martine.

08 décembre 2008

Société en crise / Crise de sociétés.

Cours de P. PEDRO.

La société bouge à grande vitesse, fonctionne au rythme de la finance : il se prépare une crise de l'avenir, il est urgent de la comprendre.

La société se complexifie, on ne peut imaginer les conséquences des décisions prises. Nos relations interpersonnelles transforment complètement nos identités.

Nos ados vivent dans un monde technologique.

La France est une société de statuts, hiérarchisée, datant de l'ancien régime. La société anglo-saxonne a 10 ans d'avance.

Cf. Charles TAYLOR : « Une société fragmentée est celle dont les membres éprouvent de plus en plus de mal à s'identifier à leur collectivité politique en tant que communauté. Cette faible identification reflète peut-être une perspective atomiste qui amène les gens à considérer la société d'un point de vue purement instrumental. Mais la société accentue aussi cette perspective atomiste parce que l'absence de perspective partagée renvoie les gens à eux-même. »

Atomisation : l' atome est incertain, flotte, la société devient liquide, coule.

Existera-t-il encore une société dans l'avenir?

Le droit individuel se développe de plus en plus, alors que le Droit de la famille est remis en cause. Le « chacun son Droit » rompt le lien social, érode la société.

Cf. Michel HOUELLEBECQ : « Les particules élémentaires ».

Le Droit se retrouve aujourd’hui à l'état gazeux, il est flexible : Est-ce encore du Droit?

La société actuelle avance par scandales, par chocs politiques. Notre droit est relié à une culture, le « Droit » est un artifice de langage.

Il existe un « no man’s land » de société où se situe l'adolescence. On ne la comprend pas, ni ne la prenons en compte..

D'après Boris CYRULNICK, soit on décide d'être spécialiste et on cumule des informations sur un point précis ( on sait tout sur ce point mais rien sur le reste), soit on voit un peu partout et on sait rien de précis mais on saisit l'Homme, dans sa complexité.

Actuellement notre vision de l'identité est confondue avec une seule appartenance. Il y a risque de fermeture.

Notre société, composée comme une tour de Babel, est de plus en plus complexe, il y a risque de ne plus se comprendre, cela déclenche une peur réciproque.

3 changements considérable dans les liens qui nous rattachent les uns et les autres.

· Une crise de la relation au temps

Le droit est fondé sur le temps. Pour penser notre société il y a prise en compte du passé, du présent et de l'avenir, mais cela n'est plus articulé. Le temps s'étire en longue durée, les statuts de parent et enfant sont les mêmes à présent.

Que vont vivre nos enfants? Le passé est souvent oublié, devenu incompréhensible, la mémoire est oubliée et il manque le recul du « temps long ».

Le présent est pesant car vécu en temps réel dans une culture de l'immédiateté (mail, portable).

Le futur paraît indiscernable. Gouverner en principe c'est prévoir, mais...

· Une crise de relation à l’espace.

La société rurale a évolué, il n'y a plus que 4% de ruraux, les déplacements sont plus rapides. Avec l'évolution constante, l'espace change, l'espace intergénérationnel également.

En 1968, il y a eu affrontement générationnel, mais maintenant il y a juxtaposition et même concurrence entre plusieurs générations.

Le pouvoir appartient aux individus de 60 à 70 ans et ayant un bon pouvoir d'achat. Il y a peu de dialogue entre les générations.

En banlieue, jeunes et adultes n'ont rien à se dire.

· Crise de la relation à la norme.

Avec la montée de l'individualisme, on veut défendre ses droits, mais chacun essaie de trouver ses propres repères en lui-même. Chacun veut être le chef de projet de sa propre vie et désire une grande liberté.

L'individualisation de la société crée des stratégies sélectives. Dans une société d'individus, il y a un égalisme positif et un égalisme négatif. Dans l'égalisme négatif, les gens se replient sur eux-même et sont inquiets, anxieux.

Les jeunes représentent un égalisme négatif avec une montée en force humanitaire. Avec la crise de la transmission, il y a méfiance envers les autres générations. Le refuge peut se trouver dans l'intime, la famille.

Trois autres crises s'ajoutent à celles du temps, de l'espace et de la normalité :celle touchant au domaine de l'état, de la famille et de l'industrie.

La crise étatique.

Elle est liée à la crise de l'état providence et à la crise de l'encadrement normatif voulu par l'état, c'est à dire,que les français acceptent de moins en moins ce qui vient d'en haut. C'est une volonté de l'individu de se soustraire du collectif.

Il y a volonté d'avoir une protection (mutuelle, assurance, acquis sociaux, etc) mais tout en se tenant à distance du collectif, en bref, avoir une protection collective que quand on en a besoin.

Il y a aspiration à se brancher et débrancher à volonté.

Notes de Michèle (sep 2009), article par Martine.

18 novembre 2008

Sociologie cours de Gérard NEYRAND . Approche sociologique de la famille.

L'axe sociologique s'inscrit dans la durée.
Evolution de la notion de "famille".

La famille nucléaire a eu une durée très courte; au 18ème siècle, 80% de la population française était paysanne. (région nord - famille traditionnelle; région centre sud – plus complexe, cohabitation de plusieurs noyaux familiaux.) Cela relativise l'idée de crise de la famille.
Famille: définition large (cousins oncles, etc) à restreinte (quelques personnes). Pour l'anthropologUe, le mariage est à l'origine de la famille.
La famille est centrée sur la vie en commun, dans un même logement; mais une
« famille » sans mariage, sans enfant, sans logement commun et même avec les parents séparés, reste une famille. le terme monoparental n'est pas correct, il faudrait dire « foyer monoparental ».

La trame de l'alliance doit se conformer à des règles, des prohibitions de mariage. On ne peut pas se marier dans sa famille d'origine. Pour qu'une famille se fonde, chaque famille accepte qu'un de ses membres se sépare. Il y a nécessité de communication entre famille pour un mariage.

Existe-t-il un modèle de famille à la base des sociétés humaines?
Non, il y a des règles de la parentalité, des liens de filiation, des liens comportementaux, sociaux, des alliances.
Les règles sont différentes selon les pays, les parents, etc...

Filiation: Reconnaissance de liens qui existent entre les individus :
Dans notre société la mémoire généalogique est très courte, 3-4 générations en moyenne. Dans d'autres sociétés il y a des ancêtres mythiques qui désignent les droits et les devoirs.
Filiation unilinéaire: on ne reconnaît pour parent que ceux qui descendent d'un seul parent. C'est la filiation patrilinéaire ou matrilinéaire. Dans ce lignage, il y a définition d'un clan.

Lignage: rapport religieux, économique, politique; rapport de parenté articulé sur rapport de lignage.(politique au sens de la gestion de la cité).
Dans une société matrilinéaire, l'homme qui est important est le frère de la mère;
Dans une société patrilinéaire, la femme déménage et vient vivre dans la maison du père de son époux.
Il y a transmission du nom, des biens, de privilèges...

La question importante est: « De qui est-on le fils? » d'où l'importance du mariage.

Dans notre société, la filiation est indifférenciée,cognatique. les règles d'alliance sont définies par le mariage.
Dans les systèmes élémentaires, les règles d'alliance donnent les interdictions et les prescriptions, dans les systèmes complexes, les règles d'alliance sont négatives, elles précisent qui on ne peut pas épouser.

Grandes diversités des formes familiales.
L'ordre social est inscrit dans une parenté incorporée, dans la conscience et le corps, c'est constitutif de l'individu.
(exemple dans certaines société cela amène à la réincarnation)
Les systèmes sont imbriqués avec les autres rapports sociaux, supports d'autre chose que d'eux-même. Parenté subordonnée à d'autres rapports sociaux, politique, économique, religieux. Il y a un effet de marquage des autres rapports sociaux.

Toute personne née avec une place non négociable se retrouve en position de « dette de vie » envers ses parents, sa société.
Prise de distance avec l'analyse structurale, par exemple avec GODELIER.
Certains exemples ne rentraient pas sur le modèle structurale, il y a eu évaluation de ses limites et contestation de l'œuvre de Lévi- Strauss.(immense anthropologue et père de la sociologie en France)
Il existe un lien entre des sociétés disparates. Cela remet en cause le caractère universel de l'échange des femmes et la domination masculine.
L'émergence de la pensée symbolique devait exiger que comme les paroles, les femmes s'échangent.(passage à la famille de l'homme). Les personnes échangées dans le cadre du mariage ne sont pas aliénées, elles gardent leur lignage. On cède le droit sur les personnes et non les personnes elles-mêmes. (droit sur sexualité, reproduction, etc) la comparaison avec l'échange économique n'est pas valable. La femme reste rattachée à son groupe familial avec ses droits et devoirs. L'échange se fait toujours avec les droits et devoirs.

Françoise HERITIER avance l'idée que l'identité de genre est plus fondamentale que l'identité de sang. Les rapports entre sexualité et pouvoir ont tendance à être repenser. La domination des hommes sur les femmes existe mais ce n'est pas le fondement de la parenté.
(sexe: référence biologique, genre: référence culturelle)
La sexualité est toujours prise dans d'autres rapports sociaux (politique, religieux, économique), il y a subordination d'un domaine de la vie sociale et non du sexe.
(corps sexué: machine ventriloque du social, quelque chose d'autre parle à travers le corps sexué. Chaque société a des mythes interprétatifs de l'ordre du monde. Dans notre société il y a le christianisme, Marie/Jésus.) Cela donne naissance a des phantasmes. La place du corps représente l'ordre social. (somatique)
On se tient selon un certain ordre social établi (code), l'ordre social s'inscrit dans le corps au delà du langage. (attitude)
Le corps est source d'évidence sociale et cosmique. Il y a incorporation du social.
Hexis corporelle: c'est la façon dont notre corps a intégré les codes sociaux;
Corps et psychanalyse: incorporation qui façonne ce que chacun a de plus secret.
En 1970, apparition de l'idée de l' « anti œdipe », questionnement du mythe freudien. Les théories globalisantes évoluent.
FREUD a toujours été en recherche, aussi, dans son oeuvre immense, il y a des contradictions. Féticher les théories de FREUD reviendrait à figer ses idées.
La socialisation du pulsionnel s'inscrit dans le corps. Il y a mentalisation de ce à quoi le corps est soumis.

Caractéristique de l'Homme: vit en société, est un produit de la société.
L'Homme a la capacité de se représenter de façon abstraite ses rapports à la société (réflexivité)d'où l'importance de la socialisation primaire, il y a mise en place de sa capacité à la représentation, à la mentalisation de son existence.

Notes de Michèle, 12 septembre 08.

15 juin 2008

Une logique de la communication ch2

UNE LOGIQUE DE LA COMMUNICATION
P.WATZLAWICK J.HELMICK BEAVIN DON D.JACKSON

chapitre 2 Propositions pour une axiomatique de la communication

2-1 INTRODUCTION
En partant de quelques propriétés simples de la communication dont les implications interpersonnelles sont fondamentales. On verra que ces propriétés jouent le rôle d'axiomes dans le calcul de la communication humaine; l'objectif de ce chapitre est de définir ces axiomes.


2-2 IMPOSSIBILITE DE NE PAS COMMUNIQUER

2-21
Il n'y a pas de "non comportement", on ne peut pas ne pas avoir de comportement.
Luft a mené des recherches très intéressantes dans ce domaine en étudiant ce qu'il appelle "privation de stimulus social". Il amis 2 étrangers en présence dans une pièce, les faisant asseoir chacun à un bout de la pièce et leur a donné pour instruction "de ne parler ni communiquer en aucune manière". Après l'expérience, les entretiens ont révélé le " stress" que représentait une telle situation.
Dans une interaction tout comportement a la valeur d'un message donc on communique qu'on le veuille ou non.

2-22 Définitions pour ce qui concerne le livre, le terme "communication" à deux sens.
"la communication" désigne l'aspect pragmatique de la théorie de la communication humaine.
"une communication" correspond à une unité de comportement,soit un message.
Une série de messages échangés entre individus sera appelée "interaction"..
Une unité de la communication humaine d'un degré encore plus complexe, sera appelée "modèle d'interaction" et sera étudié dans les chapitres 4 et 7.
En admettant que tout comportement est communication, l'unité la plus simple sera un composé fluide et polyphonique de nombreux modes de comportement: verbal, tonal, postural, contextuel.
Les différents éléments entrant dans ce composé sont passibles de permutations, allant de la congruence à l' in congruence et au paradoxe
L'effet pragmatique de ces combinaisons dans des situations interpersonnelles constituent l'objet de ce livre.

2-23 .L' impossibilité de ne pas communiquer n'a pas d' intérêt théorique. Par exemple le dilemme du schizophrène, celui-ci cherche à ne pas communiquer.
Le schizophrène est aux prises avec un problème insoluble:
- dénier qu'il communique quoi que ce soit et
- dénier que son dénie lui-même soit une communication.
Comprendre ce dilemme, c'est la clef de communication avec les schizophrènes.
Toute communication suppose un engagement et définit par là la manière dont l'émetteur voit sa relation au récepteur.
Il est fait l'hypothèse que le schizophrène évite cet engagement en ne communiquant pas.

2-24 En résumé: axiome de méta communication dans la pragmatique de la communication: on ne peut pas ne pas communiquer.

2-3 NIVEAUX DE LA COMMUNICATION - CONTENU ET RELATION

2-31 Autre axiome: toute communication suppose un engagement et définit par suite la relation.
(la communication ne fait pas que transmettre une information, elle induit aussi un comportement). D'après BASETON ces deux opérations représentent l'aspect "indice" et l'aspect "ordre" de toute communication.
Soit une chaine de neurones linéaire: A_______B________C______
Quand B reçoit une excitation , c'est l'indice que A a été excité, mais c'est aussi l'ordre d'exciter C
Dans la communication humaine, l' "indice" est un message qui transmet une information, c'est donc synonyme de "contenu du message".
L'aspect "ordre" désigne la manière dont on doit entendre le message, ça précise la relation entre les partenaires.
Par exemple des messages comme:"Veillez à desserrer l'embrayage progressivement et sans à-coups", et : "Vous n'avez qu'à laisser filer l'embrayage et la transmission sera fichue en un rien de temps", ont en gros le même contenu informatif (aspect "indice") mais définissent visiblement des relations très différentes.
Plus une relation est spontanée et "saine" et plus l'aspect "relation" de la communication passe à l'arrière plan. Inversement, les relations "malades" se caractérisent par un débat incessant sur la nature de la relation et le "contenu" perd toute importance.

2-32 En informatique, le problème est le même pour communiquer avec la machine. Il y a les deux aspects «indice» et «ordre».
Par exemple pour multiplier 2 chiffres, il faut introduire les 2 chiffres dans la machine et une information sur l'information : l'ordre «à multiplier»
contenu = «indice»
relation = «ordre» , ça donne aussi la relation entre ces deux aspects.
Les instructions («ordre») appartiennent à un type logique plus complexe que les données («indice»). C'est une méta-information. (information sur l'information).

2-33 En communication humaine, une relation semblable lie les aspects "indice" et "ordre" : l' "indice" transmet les données de communication, l' "ordre" dit comment on doit la comprendre. Dire : "Ceci est un ordre", ou "je plaisantais" , sont des exemples verbaux d'une telle communication sur la communication. La relation peut aussi s'exprimer de manière non verbale, par les cris, le sourire, et d'une infinité d'autres manières. La relation peut aussi se comprendre parfaitement en fonction du contexte ou s'effectue la communication, par exemple entre soldats en uniforme ou sur la piste d'un cirque.
.L'aspect «relation» qui signifie communication sur communication, est analogue au concept de méta-communication. Mais l'aptitude à méta communiquer à des liens très étroits avec le problème de la conscience de soi et d'autrui. (Cela sera approfondi au chapitre 3).
Surtout en communication écrite, on peut composer des messages très ambigus, au niveau de la méta communication. Il peut y avoir confusion entre niveau, cela menant à des impasses, des paradoxes de logique.
Dans la communication écrite , on peut composer des messages très ambigus au niveau de la méta communication. Comme le note CHERRY , la phase :" pensez-vous que ça ira comme ça?" ,peut avoir des sens variés, selon le mot qu'il faut accentuer, indication que le langage écrit ne donne généralement pas.
Comme cela sera vue au chapitre consacré à la communication paradoxale, des confusions et des contaminations entre ces 2 niveaux _communication et méta communication_ peuvent conduire dans des impasses dont la structure est analogue à celle des célèbres paradoxes de la logique.

2-34 Axiome: Toute communication présente deux aspects, le contenu et la relation, tel que le second englobe le premier et par suite est une méta communication.
2-4 PONCTUATION DE LA SEQUENCE DES FAITS

2-41 Une série de communications peut être considérée comme une séquence ininterrompue d'échanges. (stimulus – réponse)
D'un point de vue culturel, il existe beaucoup de convention de ponctuation. (La ponctuation structure les séquences d'interaction).
Si nous considérons de ce point de vue les expériences d'apprentissage classiques, nous voyons immédiatement que la répétition des essais équivaut à une différenciation de la relation entre les deux organismes intéressés, l'expérimentateur et son sujet. La séquence des essais est ponctuée de telle manière que c'est toujours l'expérimentateur qui semble fournir les "stimuli" et les "renforcements", alors que le sujet donne les "réponses". C'est à dessein que nous mettons ces mots entre guillemets parce que les rôles ne sont définis que par le consentement des organismes en question à admettre ce système de ponctuation....Le rat qui dirait: " 'ai bien dressé mon expérimentateur. Chaque fois que j'appuie sur le levier , il me donne à manger" , refuserait d'admettre la ponctuation de la séquence que l'expérimentateur cherche à lui imposer.

2-42 Le désaccord sur la manière de ponctuer la séquence des faits est à l'origine d'innombrables conflits qui portent sur la relation.
Par exemple, un couple incapable dans un conflit de méta communiquer sur leurs modèles respectifs d'interaction.
En parlant de leurs frustrations, le mari dira que le repli est sa seule défense contre la hargne de sa femme; celle-ci qualifiera cette explication de distorsion grossière et délibérée de ce qui se passe "réellement" dans leur vie conjugale : elle le critique en raison de sa passivité.;...........leurs affrontements se réduisent à un échange monotone de messages de ce genre : "je me replie parce que tu te montres hargneuse" et "je suis hargneuse parce que tu te replies".

mari se
se \ /\ /\ /\ / gneu
re \ / \ / \ / \ / har
plie \/ \/ \/ \/ est
femme

Les relations internationales fonctionnent sur le même modèle. (type oscillatoire)

2-43 En mathématique, une «suite infinie alternée» , représente comme précédemment une suite de type oscillatoire. On peut grouper une séquence mathématique de plusieurs façons différentes mais arithmétiquement correcte. Le résultat de la limite de la suite est différente selon la manière dont on choisit de ponctuer la séquence de ses éléments.
Dans "les paradoxes de l' Infini", Bernard BALZANO étudie différents types de suites (S) dont la plus simple est sans doute la suivante :
S = a - a + a - a + a - a + a - a + a - a + ..........
Voici les trois groupements (ou " ponctuation") possible:
S = ( a -a ) + ( a- a ) + ( a - a ) + ( a - a ) + .........
S = 0 + 0 + 0 + 0 + 0 + ..........
S = 0
Il y aurait une autre manière de grouper les éléments de la séquence qui serait la suivante :
S = a - ( a - a ) - ( a - a ) - ( a - a ) - ( a - a ) - ...........
S = a - 0 - 0 - 0 - ......
S = a
Ou bien encore :
S = a - ( a - a + a - a + a - a + a - ......)
et puisque les éléments qui sont à l'intérieur de la parenthèse ne sont autres que la suite elle-même, il suit que :
S = a - S
donc 2S = a et S = a/2
Mais en communication, la ponctuation est fallacieuse car il n'y a pas de commencement. C'est en ce point précis que réside l'erreur des partenaires dans une situation de ce genre.

2-44 Axiome : la nature d'une relation dépend de la ponctuation des séquences de communication entre partenaires.


2-5 COMMUNICATION DIGITALE ET COMMUNICATION ANALOGIQUE


2-51 Le système nerveux central émet des informations digitales binaires, au moyen des neurones.
Le système neurovégétatif envoie dans la circulation des quantités discrètes de substances spécifiques. (humeur)
Dans l'organisme, communication neuronique et humorale ne sont pas simplement juxtaposées, elles se complètent et dépendent l'une de l'autre de manière complexe.
Dans les machines ces deux modes de communication se retrouvent. Certains ordinateurs fonctionnent selon le principe du «tout ou rien» (transistors) .Ceux sont des engins dit digitaux parce qu'ils travaillent avec des "digits" Toute information est représentée dans l'ordinateur sous forme de code , les bits (1 ou 0). D'autres machines utilisent des grandeurs discrètes et positives (analogues à des données) ,elles sont donc appelées analogiques.

2-52 En communication humaine quand on se sert d'une image ou d'un dessin, la communication est analogique, lorsqu'on utilise des mots, la communication est digitale.
Chaque fois qu'on utilise un mot pour nommer une chose, la relation établie est arbitraire.
Le mot est représenté par un signe arbitraire, c'est une convention sémantique.
Par contre dans la communication analogique, il y a un rapport direct avec ce qu'elle représente.
Par exemple, on aura beau écouter une langue étrangère à la radio, on n'arrivera pas à la comprendre, alors qu'on peut déduire assez facilement une information élémentaire de l'observation du langage par gestes et des mouvements servant à signaler une intention , même lorsqu'on a affaire à un individu d'une culture entièrement différente.
La communication analogique plonge ses racines dans les périodes archaïques de l'évolution, tout comme dans le monde animal, elle représente la communication non verbale. La communication digitale , verbale, relativement récente est bien plus abstraite.
Dans l'analyse de la communication humaine, on a que trop tendance a négliger l'importance capitale du contexte pour la communication. Et pourtant celui qui se brosserait les dents dans une rue animée, et non dans sa salle de bain, pourrait être rapidement "embarqué" au poste de police ou dans un asile de fous; ceci à titre d'exemple des effets pragmatiques de la communication non verbale.

2-53 L'homme est le seul à communiquer sur les deux modes, analogique (héritage ancestral) et digital (transmission culturelle). L'analogique transmet essentiellement la relation.
Chez les animaux, les vocalisations, les mouvements signalant une intention et les signes indicatifs de l'humeur sont des communications analogiques qui définissent la nature de leurs relations, au lieu de désigner par là des objets.
Par exemple, si j'ouvre le réfrigérateur et que le chat vienne se frotter contre mes jambes en miaulant, cela ne veut pas dire "je voudrais du lait", ce que signifierait par là un être humain, mais renvoie à une relation spécifique : "sois une mère pour moi", parce qu' un tel comportement ne s'observe que chez les chatons envers les chats adultes, mais jamais entre deux animaux adultes.
Chaque fois que la relation est au centre de la communication, le langage digital est à peu près dénué de sens. C'est le cas aussi lorsqu'on fait la cour, aime aide, combat, et naturellement qu'on s'occupe de très jeunes enfants, ou de malades mentaux. On a toujours prêté aux enfants, aux fous et aux animaux une intuition particulière de la sincérité ou l' in sincérité des attitudes humaines. Il est en effet facile de professer quelque chose verbalement, mais il est difficile de mentir dans le domaine de l'analogique.

2-54 Quelque soit sa précision, un calculateur analogique, aura des variations incontrôlables, par exemple avec la règle à calculer, le résultat ne peut être qu'approxima tif. Le calculateur digital est beaucoup plus précis, sa seule limite, c'est le nombre de bits qu'il peut contenir en mémoire. De plus, le calculateur digital est une machine logique contrairement à la machine analogique. On retrouve les même caractéristiques dans la communication humaine, la complexité dans le digital est beaucoup plus grande que dans l'analogique.
Dans l'analogique, il n'y a pas de négation, (que ce soit calcul ou communication), pas de "non", il n'y a pas de d'équivalents à: "si....alors", "ou bien .... ou bien", pas non plus d'indices permettant de distinguer le passé, le présent, l'avenir. Par exemple : Les larmes peuvent exprimer le chagrin ou la joie, le poing serré peut signifier agressivité ou embarras, un sourire peut traduire la sympathie ou le mépris, on peut interpréter la réserve comme une marque de tact ou d'indifférence.
Dans la communication digitale, il y a le discriminant "non", et des indices, mais il manque un vocabulaire adapté aux aléas de la relation.
L'homme en tant qu' émetteur ou récepteur doit continuellement traduire l'un dans l'autre.

Dans la communication humaine, la difficulté de traduction existe dans les 2 sens. (traduction du digital en analogique et l'inverse) . Mais pour parler sur la relation, il faut pouvoir trouver une traduction adéquate de la communication analogique en communication digitale.
Par exemple, le mariage, l'analogique de la relation c'est "la cour" , et la digitalisation, c'est le contrat de mariage. Aussi avec le temps une définition non équivoque de la relation devient très problématique.

2-55 Les êtres humains usent de 2 modes de communication: digital et analogique. Le langage digital possède une syntaxe logique très complexe et très commode mais manque d'une sémantique appropriée à la relation. Par contre, le langage analogique possède bien la sémantique mais non la syntaxe appropriée à une définition non équivoque de la nature des relations.


2-6 INTERACTION YMETRIQUE ET COMPLEMENTAIRE

2-61 Le concept a été élaboré suite au phénomène "schismogenése", c'est un phénomène d'interaction qui fut observé en Nouvelle Guinée dans la tribu des "Iatmul" en 1935. Il s'agit d'un processus de différenciation des normes du comportement individuel à la suite d'une interaction cumulative entre individus. En 1939, Richardson s'est servi de ce concept pour analyser la guerre et la politique étrangère; et depuis 1952, Baseton a prouvé la commodité de ce concept dans les recherches de psychiatrie. L'étude des réactions des individus aux réactions des autres individus. l'objet de la recherche étant ainsi défini, il faut considérer la relation entre deux individus comme capable de se modifier de temps à autre, même sans intervention extérieure et examiner non seulement les réaction de A au comportement de B, mais aussi, comment ces réactions affectent la conduite de B et l'effet de cette dernière sur A. ....Par exemple, un des modèles de comportement culturelle ment approprié à l'individu A et considéré comme un modèle autoritaire. On s'attend à ce que B y réponde par ce qui est considéré culturelle ment comme de la soumission. Il est probable que cette soumission favorisera un autre acte autoritaire qui exigera à son tour la soumission. Nous avons ainsi une relation qui change progressivement et, à moins que d'autres facteurs n'interviennent, A deviendra nécessairement de plus en plus autoritaire et B de plus en plus soumis. Ce changement progressif se produira aussi bien si A et B sont des individus séparés ou s'ils sont membres de groupes complémentaires. A coté de ce type de changements progressifs que nous appelleront schismogenése complémentaire, il existe un autre modèle de relation entre individus ou groupes d'individus qui contient également les germes d'un changement progressif: si, par exemple la vantardise constitue le modèle culturel de comportement d'un groupe et si l'autre groupe y répond aussi par la vantardise, une situation de compétition peut se développer dans laquelle la vantardise mène à une surenchère, et ainsi de suite. Nous pouvont appeler ce type de changement progressif schimogenése "symétrique".

2-62 Le modèle précédent est devenu une interaction complémentaire ou symétrique .La relation est fondée soit sur l'égalité, soit sur la différence.
Sur l'égalité , il y a comportement en miroir et cela amène a une immobilisation de la différence.
Sur la différence, on arrive à une maximalisation de celle-ci. Mais, attention, dans la relation complémentaire, il est fait référence aux positions " haute ou basse" dans la relation. Il est important de ne surtout pas amalgamer avec les notions "bien ou mal","fort ou faible".Le contexte social ou culturel fixe dans certains cas une relation complémentaire, par exemple : mère - enfant, médecin - malade, professeur - étudiant.
Les comportements sont dissemblables mais adaptés l'un à l'autre. Ce n'est pas l'un qui impose une relation complémentaire à l'autre. chacun d'eux se comporte d'une manière qui présuppose , et, en même temps justifie, le comportement de l'autre; leurs définitions de la relation sont concordantes.

2-63 On peut proposé un troisième type de relation: la relation "méta-complémentaire", dans laquelle A laisse B dépendre de lui ou l'y contraint. (On s'attache à la manière dont se comporte les deux partenaires en faisant abstraction des raisons qu'ils ont ou croient avoir, de se conduire ainsi). Mais si les individus engagés dans une relation font appel aux multiples niveaux de communication pour exprimer des modèles situés à des niveaux différents, des conséquences paradoxales peuvent en résulter dont la valeur pragmatique est importante.

2-64 Axiome : Tout échange de communication est symétrique ou complémentaire selon qu'il se fonde sur l'égalité ou la différence.


2-7 RESUME

Réserve à propos de l'ensemble des axiomes formulés :
- Ce ne sont que des propositions, leur définition n'est pas rigoureuse.
- Ils sont tirés hétérogènes parce qu'ils proviennent de l'observation de phénomènes de communication situés dans des registres tirés variés. S'ils ont une unité , elle ne réside pas dans leur origine, mais dans leur importance pragmatique.
Birdwhistell est allé jusqu'à dire: Un individu ne communique pas; il prend part à une communication ou il en devient un élément. Il peut bouger, faire du bruit ....., mais il ne communique pas. En d'autres termes, il n'est pas l'auteur de la communication , il y participe. La communication en tant que système ne doit donc pas être conçue sur le modèle élémentaire de l'action et de la réaction, si complexe soit son énoncé. En tant que système, on doit la saisir au niveau d'un échange.
L'impossibilité de ne pas communiquer fait que toute situation comportant deux ou plusieurs personnes est une situation inter-personnelle, une situation de communication. L'importance pragmatique, interpersonnelle, des modes de communication digital et analogique ne réside pas seulement dans un isomorphisme supposé avec le contenu et la relation, mais dans l'ambiguïté, inévitable et significative, à laquelle se heurtent émetteur et récepteur lorsqu'il s'agit de traduire un mode dans l'autre.
Les problèmes de ponctuation repose sur la métamorphose implicite du modèle classique "action-réaction".
Le paradigme symétrie-complémentarité est peut-être celui qui se rapproche le plus du concept mathématique de fonction, les positions des individus n'étant que des variables susceptibles de prendre une infinité de valeurs dont le sens n'est pas absolu, mais n'apparait que dans leur relation réciproque.

09 avril 2008

Chapitre 7 suite

7-4 Les doubles contraintes thérapeutiques

Prescrire le symptôme n'est qu'une des formes possible des multiples et différentes interventions paradoxales regroupés sous l'expression « double contraintes thérapeutiques ».
Au point de vue de la communication , les communications paradoxales sont les interventions les plus complexes et les plus efficaces en valeur curative des communications paradoxales. C'est le moyen de briser une double contrainte symptomatique par une « contre double contrainte » et également instaurer un « contre jeu » dans un jeu sans fin.
Ce qui a rendu quelqu'un fou doit être utilisable éventuellement pour le rendre sain d'esprit.
Les qualités humaines du thérapeute sont nécessaires et utiles dans une psychothérapie mais ne suffisent pas à elles seules pour débrouiller la complexité paradoxale d'une interaction perturbée.
Du point de vue structurel, une double contrainte thérapeutique est l'image en miroir d'une double contrainte pathogène.
Elle présuppose l'existence d'une relation intense, avec le thérapeute, dont il attend beaucoup. (valeur vitale)
Dans ce contexte, on formule une injonction dont la structure est telle qu'elle renforce le comportement que le patient s'attend à voir changer. Elle implique que ce renforcement est le véhicule même du changement, il y a création d'un paradoxe puisqu'on demande au patient de changer en restant inchangé. Dans une double contrainte pathogène, le patient est « condamné s'il le fait et condamné s'il ne le fait pas », dans une double contrainte thérapeutique, le patient « change s'il le fait et change s'il ne le fait pas. » Logiquement, l'injonction est absurde, elle a néanmoins une réalité pragmatique; le patient ne peut pas ne pas y réagir, mais il ne peut pas non plus y réagir selon son mode habituel, c'est-à-dire par ses symptômes. Une double contrainte thérapeutique oblige toujours le patient à sortir du cadre que lui fixe son dilemme. Ce pas est possible lorsque le système primitif est élargi en un système plus vaste comprenant un étranger, bien sur, spécialiste. Il est alors possible pour tous les intéressés de regarder l'ancien système de l'extérieur et on peut introduire des métarégles que l'ancien système ne pouvait engendrer lui-même de l'intérieur.

7-5 Exemples de doubles contraintes thérapeutiques

En discutant la théorie de la double contrainte, il a été dit que le paranoïaque, dans sa quête minutieuse du sens, va souvent jusqu'à faire passer au crible des phénomènes totalement secondaires et sans rapport entre eux, puisqu'il a été mis dans l'impossibilité de percevoir et de critiquer correctement le véritable problème ( le paradoxe). Alors que le patient prend des airs distants et entendus, il souffre en réalité de « trou » énormes dans son expérience réelle, et l'injonction répétée d'avoir à se méfier d'une perception correcte a un double effet: elle empêche le patient de combler ces « trous » avec une bonne information et elle renforce ses soupçons. Avec le concept de communication paradoxale, on peut « apprendre au patient à être plus méfiant ». Par exemple suggérer au patient d'explorer le cabinet du thérapeute pour s'assurer qu'il n'y a pas de micros cachés, avant de poursuivre la séance. Ceci donne l'illusion au patient « l'illusion du choix possible ». Ou bien il accepte l'exploration proposée ou bien il abandonne ses idées paranoïaques.

Non seulement la situation psychanalytique, mais aussi la plupart des situations psychothérapeutiques, abondent en doubles contraintes implicites. Un des tout premiers collaborateurs de Freud, Hans Sachs, s'est aperçu de la nature paradoxale de la psychanalyse; d'après lui: « une analyse se termine quand le patient se rend compte qu'elle pourrait continuer indéfiniment. » Cette formule rappelle l'un des dogmes du bouddhisme Zen, qui veut que l'illumination surgisse quand le disciple comprend qu'il n'y a pas de secret, pas de réponse définitive, et donc aucune raison de continuer à poser des questions.

Énumérons quelques-uns des paradoxes en situation psychanalytique:
* Le patient voit en son analyste un spécialiste qui ne manquera pas de lui dire ce qu'il doit faire. L'analyste répond en renvoyant le patient à lui-même, en le rendant responsable du déroulement du traitement, et en lui demandant d'être spontané, tout en fixant des règles qui circonviennent entièrement le comportement du patient. Cas ou l'on dit au patient: « soyez spontané ».
* Le patient se trouvera toujours en présence d'une réponse paradoxale. S'il remarque qu'il ne voit pas d'amélioration, cela tient à ses résistances, c'est une bonne chose, cela fournit l'occasion de mieux comprendre son problème. S'il dit constater une amélioration,on dira qu'il résiste en tentant « la fuite dans la santé », avant que son problème réel n'ait été analysé.
* Le patient se trouve dans une situation ou il ne peut pas se comporter en adulte, et pourtant l'analyste interprète son comportement de type infantile comme un comportement inadapté.
* Autre paradoxe, la relation analytique est-elle volontaire ou obligatoire? D'une part, elle est volontaire, donc symétrique, mais au moindre retard ou absence de séance, la relation devient obligatoire, complémentaire, l'analyste occupant la position « haute ».
* Cette position « Haute » de l'analyste est évidente lorsqu'on aborde le concept de l'inconscient. Si le patient rejette une interprétation, l'analyste peut toujours dire qu'il ne fait que souligner quelque chose que le patient ignore, par définition, puisque c'est inconscient. Si par contre,le patient tente de se réclamer de l'inconscient, l'analyste peut rejeter cette proposition considérant que si c'est inconscient, le patient ne peut s'en prévaloir.
On voit donc que la situation psychanalytique est par elle-même une double contrainte thérapeutique complexe dans laquelle le patient « change s'il le fait et change s'il ne le fait pas ». Cela est également valable plus largement pour toute psychothérapie.

Les médecins sont censés guérir. Dans l'interaction ils se trouvent placer en position « haute ».Plus le traitement réussi, plus leur position est « haute ». Mais, si leur efforts échouent, les positions sont inversées, cet le malade qui occupe la position « haute ». Dans la relation médecin-malade, le médecin risque de se laisser prendre dans une double contrainte par des malades, qui pour des raisons obscures, ne peuvent accepter une amélioration,pour eux, l'important c'est d'occuper la position « haute » au prix même de la douleur et de la gène. Tout se passe comme si ces malades, à travers leurs symptômes, transmettaient ce message: « Aidez-moi, mais je ne vous laisserai pas m'aider ».

Un couple demande une aide en raison de scènes trop fréquentes. Au lieu de centrer son attention sur une analyse de leurs conflits, le thérapeute donne une nouvelle définition de leurs disputes en leur disant qu'en réalité ils s'aiment, plus ils se disputent, plus ils s'aiment. Le couple a beau trouver cette interprétation ridicule , ou précisément parce qu'elle leur paraît ridicule, mari et femme se mettent en devoir de prouver au thérapeute qu'il se trompe complètement. Aussi ils cessent leurs disputes, pour prouver qu'ils ne s'aiment pas. Mais lorsqu'ils cessent de se disputer, ils découvrent qu'ils s'entendent beaucoup mieux qu'ils ne le pensaient.

L'effet thérapeutique de la communication paradoxale n'est nullement une découverte récente. C'est ce que montre une histoire du bouddhisme Zen qui contient tous les éléments d'une double contrainte thérapeutique:
Une jeune femme qui allait mourir dit à son mari:
- Je t'aime tant que je ne veux pas te perdre. Ne me trompe pas avec une autre femme. Si tu le fais, mon fantôme viendra te hanter et ne te laissera jamais en paix.
Lorsqu'elle fut morte, son mari respecta son souhait pendant trois mois, mais ensuite il s'éprit d'une autre femme et se fiança avec elle. Dés ce jour-là, un fantôme lui apparut chaque nuit, lui reprochant de n'avoir pas tenu sa promesse. Ce fantôme savait beaucoup de choses: il disait à l'homme tout ce qui se passait entre sa fiancée et lui. Chaque fois que l'homme offrait un présent à sa fiancée, le fantôme le décrivait en détail, et il répétait chacune de leurs conversations. L'homme en était à ce point agacé qu'il en perdit le sommeil. C'est alors que quelqu'un lui conseilla de soumettre son problème à un maître du Zen qui vivait prés du village.
Ton ancienne femme est donc devenue un fantôme, et elle sait tout ce que tu fais, tout ce que tu dis ou offre à ta bien-aimée? dit le Maître. Ce doit être un fantôme très instruit, et que tu devrais admirer. La prochaine fois que tu le verras, propose-lui un marché. Dis-lui que, puisque tu ne peux rien lui cacher, tu rompras tes fiançailles s'il veux répondre à la question que tu lui poseras. Sur quoi tu prendras une grosse poignée de baies de soja et tu lui demanderas combien de baies tu as dans ta main. S'il ne peut te répondre, tu sauras que ce fantôme n'est que le fruit de ton imagination, et il ne viendra plus t'ennuyer.
La nuit suivante, lorsque le fantôme apparut, l'homme le flatta, comme l'avait dit le Maître, de son savoir.
- En effet, répliqua le fantôme. Je sais même que tu es allé voir le Maître du Zen aujourd'hui.
- Puisque tu sais tant de choses, dit l'homme, dis-moi combien de baies de soja j'ai dans cette main.
Il n'y eut plus aucun fantôme pour répondre à sa question.

7-6 Le paradoxe dans le jeu, l'humour et la créativité

Pourquoi les organismes depuis les invertébrés jusqu'à l'homme sont-ils si sensibles aux effets du paradoxe? Il n'y a pas de réponse claire.
Au niveau humain, le paradoxe peut avoir des effets pathogènes mais aussi thérapeutiques. Il existe encore beaucoup d'aspect positifs au paradoxe.
Par exemple : le jeu, « C'est un jeu » exprime une méta communication sur le jeu. Cela signifie: « les actions auxquelles nous nous livrons maintenant ne signifient pas ce que signifieraient les actions qu'elles représentent. »
L'énoncé négatif renferme implicitement un méta énoncé négatif.
En ce qui concerne l'humour c'est le même principe entre le réel et l'irréel. Le réel est irréel et vice et versa.
Le dénouement final déclenche le paradoxe interne propre au contenu de la plaisanterie. Le paradoxe de la partie négative définit le tout.
La créativité, a fait l'objet de nombreuses études, dont une récente: The Act of Creation d'Arthur Koestler. L'auteur avance l'idée que l'humour et la découverte scientifique, tout comme la création artistique, résultent d'un processus mental qu'il appelle « biassociation », qu'il définit comme la perception d'une situation ou d'une idée sur deux plans de référence dont chacun a sa logique interne mais qui sont incompatibles.
Il établit une distinction entre le raisonnement routinier, la pensée va dans une seule direction, sur un seul plan, et l'acte créateur, sur plus d'un plan, il s'agit d'un état transitoire d'équilibre instable, partagé entre deux directions, le déséquilibre affectant à la fois l'émotion et la pensée. En aucun cas l'auteur considère que la biassociation puisse présenter la structure du paradoxe.