20 novembre 2012

Une consultation réciproque avec supervision (1)



La rentrée est déjà loin mais "penser social" revient   sur une supervision de travailleurs sociaux (2007), menée alors dans le cadre du Centre de Ressources et d'accompagnement des familles (CRAF 05).
A l'heure où, dans mon service, nous n'avons plus de supervision et ou les séquences d'analyses des pratiques "classiques" se sont révélées décevantes, je ne résiste pas au plaisir de relire et de vous faire partager une supervision pleine se sens et de surprise ...


   Présentation du groupe et du superviseur.
Superviseur : P. BENGHOZI. Psychiatre, chef de service à l'hôpital de Hyères, superviseur, a écrit de nombreux articles et ouvrages, et développe notamment le concept de "maillage" psychique.

Pierre BENGHOZI propose aux participantes une «consultation réciproque avec supervision ».

Le principe est le suivant :
1 personne présente une situation : proposer l’idée que derrière cette situation, il y a une demande.
1 personne est le consultant : C’est elle qui s’adresse à l’exposant.
Le groupe résonnant (A.S, conseillères ESF, intervenants psy ...) aide le consultant à travailler sur la situation. C’est ce dernier qui aide l’exposant à reformuler, à avancer.

   Présentation de la situation de Mme B, par une partie de l’équipe d'un C.H.R.S. (Sonia Assistante sociale  et Laurence, psychologue).
Sont invitées également sur cette situation par l'équipe du centre,  2 intervenants du Centre d’aide Psychiatrique local (Dora et David) et une conseillère ESF d'un organisme public de logement social.
·     consultante : une AS (Cécile).

image Philippe Quesnes

Sonia  : C’est une situation qui, pour nous, était très préoccupante ; en août, nous étions très inquiets. Aujourd’hui, nous la présentons, puisque nous étions inscrits mais …Nous le sommes moins aujourd’hui, sauf que nous ne savons pas encore comment Mme B va évoluer.
C’est d’ailleurs une des caractéristiques des prises en charge du C.H.R.S. : c’est ou très haut ou très bas, comme une vague. Notre objectif est avant tout que les familles aillent mieux.
Il s’agit d’une femme, orientée par une association de droits des femmes,  suite à des violences conjugales. Elle a eu un accueil en urgence, puis un appartement dans notre centre en avril 2007.Elle y est toujours. Elle présente une grande fragilité, une souffrance au niveau du corps. Mme B. dit qu’elle développe une sclérose, elle a d’ailleurs une reconnaissance de handicap, handicap physique mais aussi certainement  psychique.
Depuis 4 ans elle est éloignée du monde du travail mais elle dit vouloir y revenir.

Cécile : Dans votre présentation, j’entends 2 choses :
·         Une sur le fonctionnement du service, la répétition parfois.
·         L’autre étant que cette situation présentée illustre cela.
Sonia : oui, c’est un peu comme un « cas d’école ». Au 20 décembre, Mme B. a trouvé des solutions de mieux. Il faut voir si cela va tenir.
Laurence : C’est vrai, aujourd’hui elle est en haut de la vague mais elle peut se retrouver au creux.
Pierre Benghozi : c’est cela votre demande ?
Sonia : Cela en fait sûrement partie mais en fait notre accompagnement étant limité dans le temps, notre but est de l’emmener vers la sortie. Mme B. a usé tous les intervenants sociaux, enfin les a interpellés, c’est sa façon de tenir les choses. Cela est assez impressionnant de voir comment elle a su les interpeller, d ‘aller vers les T.S. concernant l’argent, alors qu’elle rencontre énormément de soucis, personnel, familial …
Pierre : cela serait intéressant de recadrer sur votre situation. Mais avant tout, je m’adresse au groupe : comment ressentez-vous l’intervention de Cécile ?
Michèle : Quel est le rôle de CHRS …
Pierre : Non, sur l’intervention de Cécile.
Martine : Cécile a voulu clarifier, c’était très bien fait d’ailleurs. Le risque est peut-être que cela peut bloquer un peu celui qui présente ?
Jeanne : peut-être, mais elle reformule et interpelle les intervenants, elle vérifie ses hypothèses.

Pierre : ce sont des reformulations qui invitent à aller au-delà, c’est tout à fait intéressant. En même temps, c’est un peu « enfermant ». Comment ressentez-vous cela Cécile ?
Cécile : Parfois je n’ai pas eu la vérification. J’ai besoin de l’aide du groupe.
Pierre : Pourquoi sentez-vous que cela est clôturant ?
Cécile : Je me sens un peu … en position de « repliant ».
Pierre : Reprenez votre reformulation.
image Martha Kirszembaum

Cécile : J’ai entendu 2 choses, une sur le fonctionnement et l’autre sur la situation, notamment qu’il y a des hauts et des bas, une crainte que cela se détériore. J’ai voulu vérifier et reprendre ces hypothèses.
Pierre : C’est tout à fait cela. Effectivement la situation peut rappeler un fonctionnement général, qui se répète, via la situation présentée. C’est extrêmement pertinent mais trop rapide. Vous avez déjà embrayé sur le fait que cette situation est signifiante pour l’équipe et sur un modèle de situation.
Du coup on oublie la situation complète. Vous abordez déjà la prévention pour cette famille, la rechute. Du coup, vous l’oubliez. Vous avez bien interprété la métaphore de la vague, image très forte qui se propage. C’est tout l’intérêt de la métaphore mais aussi son danger : elle peut contaminer la perception. Mais ce n’est pas très grave, cela peut être même une porte d’entrée de la situation.
Vous pensez peut-être un peu trop vite. Vous devez être au plus prés de leurs difficultés.

Cécile : Je vais m’adresser au groupe pour m’aider car je suis un peu … « coupée »…
Martine : Ne peux -tu pas demander pourquoi chaque intervenant est là, et quel est leur lien avec la situation ?
Pierre : c’est une bonne idée, cela met du concret.

A suivre ...

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